Claude Bartolone, le président de l’Assemblée
nationale française était en Côte d’Ivoire vendredi 24 et samedi
25 octobre. Première étape d’un périple qui doit le conduire également au
Tchad, puis au Cameroun. Il y a rencontré son homologue Guillaume Soro, puis le
chef de l’Etat Alassane Ouattara avant de s'entretenir, ensuite, avec les
représentants de l’opposition et de la communauté française de Côte d’Ivoire.
Claude Bartolone est l’Invité Afrique de ce matin et répond au
correspondant RFI en Côte d’Ivoire, Frédéric Garat.
RFI : Quand on visite pour la première fois de sa vie Abidjan, ce
qui est votre cas, qu’est-ce qu’on ressent, qu’est-ce qu’on perçoit ?
Claude Bartolone : D’abord on ressent une certaine gêne, on
se demande pourquoi on n’est pas venu avant. Dans ce pays, on tombe sur des
responsables politiques, des membres de la communauté française qui partagent
bien souvent, au-delà de la langue, une philosophie, une certaine pensée
commune sur ce que devrait être l’organisation de la vie. Et puis, on se rend
compte tout de suite du rôle que peut jouer la Côte d’Ivoire dans la période
actuelle, à la fois sur toute l’Afrique de l’Ouest et sur ce que pourrait
représenter un renforcement des liens entre la France et la Côte d’Ivoire.
Vous avez rencontré le deuxième et le premier personnage de l’Etat,
Guillaume Soro, président de l’Assemblée nationale et Alassane Ouattara,
président de la République, qu’est-ce que vous vous êtes dit lors de ces
rencontres ?
D’abord je pense qu’ils sont très conscients, l’un comme l’autre, de la
nécessité de travailler à la réconciliation, indispensable, pour permettre aux
différentes forces politiques de participer à la prochaine élection
présidentielle. Le président Ouattara était très clair en me recevant :
après la phase du retour des résultats économiques, il faut qu’il y ait une
phase de redistribution pour être attentif au chômage des jeunes. Parce
qu’obtenir des résultats économiques sans avoir une politique de distribution
qui correspond à l’augmentation de ces résultats économiques ne peut pas
favoriser le vivre ensemble et stabiliser la démocratie.
Vous avez le sentiment que l’opposition, que vous avez également
rencontrée, est au diapason de ce que dit le président de la République ?
On sent un certain nombre de réserves. On ne sort pas d’une dizaine d’années
de troubles, de périodes difficiles où il y a eu cette guerre, cette opposition
meurtrière, on en sort pas comme ça par un coup de baguette magique. Mais
lorsque je vois les contacts qui existent entre le président et l’opposition,
lorsque je vois déjà les quelques fils qui commencent à se tisser, je suis
agréablement surpris des efforts qui ont été faits et, je l’espère, des efforts
qui aboutiront à la participation de l’opposition aux prochaines élections
présidentielles.
Pourtant vous venez ici, en Côte d’Ivoire, à un moment où on parle
beaucoup d’un procès aux assises qui doit faire comparaître 83 personnes dont
Simone Gbagbo et un certain nombre de cadres de l’opposition. Est-ce que vous
pensez, en tant que président de l’Assemblée nationale française, que c’est de
bon augure pour les élections présidentielles à venir ?
Dans le cadre d’une justice indépendante, c’est indispensable. Il ne peut
pas y avoir de justice à deux vitesses. Il ne peut y avoir une justice qui
serait sévère ou qui toucherait la petite délinquance et une justice qui
traiterait d’une manière différente les faits qui peuvent être reprochés à un
certain nombre de responsables politiques. Il faut que les deux camps, si je
peux employer cette expression, soient concernés par cette vérité attendue par
la justice. Mais je crois que s’il devait y avoir l’idée de rentrer dans cette
période électorale sans qu’il y ait ce respect d’une justice indépendante, ce
serait extrêmement difficile.
Si d’aventures tous les cadres de l’opposition ivoirienne étaient
frappés d’inéligibilité ou envoyés en prison à la suite de ce procès, est-ce
qu’il n’y aurait pas une mauvaise perception de l’opinion internationale sur
les élections à venir ?
J’ai écouté le président s’exprimer sur cette question et ses propos m’ont
rassuré. Je pense qu’il est tout à fait conscient du rôle qui doit être le sien
pour continuer à faire avancer la Côte d’Ivoire sur le chemin de la réconciliation,
et les propos qu’il a eus m’ont laissé penser qu’il était très conscient du
rôle qui lui incombait.
Source RFI